Mots du président

LETTRE N° 1 – Mai 2016

Pris dans le vaste projet énergétique du vaste monde, nous voilà confrontés soudainement – intellectuellement et pour ainsi dire physiquement – sans préparation aucune, à un défi industriel que notre petite communauté quiète n’avait pas vu venir – en tout cas pas là, et pas comme ça – et était bien mal préparée à affronter. La mobilisation constatée et les encouragements reçus nous ont toutefois amené à relever le gant puisque nous fûmes vite assurés que ce n’étaient pas quelques villageois grincheux et quelque peu attardés qui s’opposaient par atavisme et par principe, mais une communauté citoyenne et responsable qui exigeait de savoir et de participer, et demanderait désormais des comptes.
Il n’est d’ailleurs que de lire les quelques pages rédigées par MALATOR – dans une prose certes singulière mais qui nous donne néanmoins à voir et à comprendre l’effarement, l’incompréhension, tout autant que le questionnement qui peuvent saisir tout un chacun devant ce type d’implantation industrielle décidé et imposé sans réelle concertation ni participation démocratique. Les conditions dans lesquelles ces projets sont menés par les industriels et les pouvoirs publics font clairement apparaître que les citoyens – les seuls véritablement impliqués : ceux qui vivront à portée des éoliennes et de leurs nuisances – ne sont pas considérés comme des partenaires à part entière mais comme des gêneurs potentiels qu’il faut autant que faire se peut ne pas informer pour commencer, puis abondamment désinformer par la suite avec force arguments spécieux tirés de sondages orientés pour les besoins de la cause, pour enfin les réduire à quia lorsqu’ils auront tenté de s’approprier une parole qui leur appartient pourtant, et de manière imprescriptible.
Contrairement à ce que les promoteurs de ces projets prétendent – et les élus qui s’y associent, et les propriétaires fonciers qui se prêtent à ce jeu de dupes – l’acceptabilité des Françaises et des Français face aux parcs éoliens qui envahissent notre pays est loin, très loin, d’atteindre le niveau affiché et haut clamé, comme si cette donnée falsifiée interdisait par son existence même toute idée contradictoire, voire tout débat. Celui de Saint-Yrieix, qui nous occupe ici, est très contesté, comme le sont la plupart des projets en cours dans l’Hexagone, si l’on en croit le nombre d’associations qui voient le jour à chaque fois qu’une implantation se profile. Non pas qu’il s’agisse de l’éternelle querelle des Anciens et des Modernes indéfiniment rejouée, mais une fois le principe acquis du réchauffement climatique – et parmi nous, aucun « climato-sceptique », pas un opposant irréductible, vociférant, vindicatif à l’endroit des « énergies alternatives » et de la « transition énergétique » – mille et une questions, et toutes légitimes, doivent être posées – et toutes exigent de recevoir une réponse – quant aux conditions de réalisation, aux implications financières, aux buts réellement poursuivis, à l’impact sur l’environnement et le cadre de vie, et aux nuisances de toutes sortes. Car si ces dernières ne sont que virtuelles pour les promoteurs, les décideurs et même pour les propriétaires – qui louent leurs terres mais souvent n’habitent pas sur place – et, bien entendu, pour tous les sondés qui déclarent leur vif intérêt pour des projets qui ne les concernent pas dans leur vie quotidienne, elles ne manqueront pas d’avoir un impact fort pour les riverains qui devront vivre désormais, non à proximité de pimpantes « fermes éoliennes » mais sous l’ombre portée des pales de vulgaires et envahissants aérogénérateurs industriels, nos campagnes transformées à vingt ans d’ici en friches industrielles.
Mais il est vrai que plus nous pénétrons dans ce dossier touffu et complexe et plus nous nous demandons si, à la production d’énergie pour le prétendu « bien commun » et la soi-disant « sauvegarde de la planète », ne s’est pas substitué un investissement financier au profit de quelques-uns. Et donc au détriment de presque tous. Fût-ce au prix du saccage de notre cadre de vie et de nos paysages.